L’entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Nabih Berry intervient à un moment critique pour le Sud-Liban. Le président du Parlement a demandé une mobilisation internationale capable d’imposer le retrait israélien, le déploiement de l’armée libanaise et le maintien de la FINUL. Le président français a réaffirmé son soutien à la souveraineté du Liban, à ses forces armées et à la reconstruction. Mais cette convergence déclarée masque des divergences sur le calendrier sécuritaire, le désarmement du Hezbollah et l’avenir d’une force de l’ONU dont le retrait progressif est déjà programmé.
L’appel reçu par Nabih Berry ne constitue pas un simple échange protocolaire entre Beyrouth et Paris. Il intervient alors que le sort du Sud-Liban se joue sur plusieurs tables de négociation. Les discussions portent à la fois sur le retrait israélien, le déploiement de l’armée, l’avenir des armes du Hezbollah, le retour des habitants et le rôle des Nations unies.
Le président du Parlement libanais a demandé à Emmanuel Macron des « efforts internationaux exceptionnels ». Il veut qu’Israël cesse ses opérations, évacue les territoires occupés et se replie jusqu’à la frontière internationale. Il réclame aussi le maintien de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la FINUL, afin d’accompagner l’application de la résolution 1701.
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Le président français a répondu en réaffirmant que la stabilité et la souveraineté du Liban demeuraient une priorité. Il a évoqué le soutien à l’armée libanaise, la reconstruction et l’aide que Paris pourrait mobiliser avec d’autres partenaires.
Ces positions paraissent proches. Elles ne règlent pourtant aucune des questions immédiates. La FINUL doit entrer dans une phase de retrait après l’expiration de son mandat actuel. Israël conditionne son désengagement à des garanties contre le Hezbollah. L’armée libanaise manque encore de moyens. Les villages détruits ne peuvent accueillir rapidement leurs habitants.
Berry réclame une pression directe sur Israël
Nabih Berry a placé le retrait israélien au centre de l’entretien. Il a dénoncé la poursuite des opérations militaires et la destruction de localités du Sud. Selon lui, la communauté internationale doit agir afin de contraindre Israël, et non se limiter à inviter les parties à la retenue.
Cette formulation vise en particulier les États occidentaux qui disposent d’une influence diplomatique ou militaire sur le gouvernement israélien. La France appartient à ce groupe, même si son levier reste inférieur à celui des États-Unis. Paris siège au Conseil de sécurité et joue depuis longtemps un rôle central dans les textes consacrés au Liban.
Berry demande que le retrait précède ou accompagne le déploiement de l’armée libanaise. Il refuse qu’Israël transforme sa présence en instrument de pression permanent. Dans cette lecture, l’occupation empêche l’État de restaurer son autorité et offre au Hezbollah un argument pour conserver ses armes.
Le président du Parlement insiste aussi sur le retour des habitants. Ce point donne une dimension civile à sa demande. Un retrait militaire ne suffit pas lorsque les routes restent minées, que les maisons sont détruites et que les services essentiels ne fonctionnent plus.
Des habitants ont commencé à revenir dans certaines localités après des retraits limités. Ils ont découvert des quartiers largement détruits et des habitations inhabitables. L’armée doit encore sécuriser ces secteurs avant une reprise normale de la vie civile.
La position de Berry comporte toutefois une ambiguïté politique. Il réclame l’application intégrale de la résolution 1701, mais celle-ci ne concerne pas uniquement Israël. Elle prévoit aussi que la zone comprise entre la Ligne bleue et le Litani ne compte aucune arme ni autorité militaire autre que celles de l’État libanais et de la FINUL.
Or Berry reste un allié politique essentiel du Hezbollah. Il sert souvent d’intermédiaire entre le mouvement chiite, l’État libanais et les médiateurs étrangers. Son appel au respect complet de la résolution engage donc indirectement la question de l’arsenal du Hezbollah.
Macron réaffirme la doctrine française au Liban
Emmanuel Macron a répondu par les trois éléments traditionnels de la position française : souveraineté du Liban, soutien à l’armée et reconstruction. Cette doctrine cherche à renforcer l’État sans provoquer une confrontation intérieure qui pourrait déstabiliser davantage le pays.
La France considère l’armée libanaise comme l’institution appelée à reprendre le contrôle de tout le territoire. Lors de ses précédentes déclarations, le président français avait déjà présenté les forces armées comme un pilier de la souveraineté et comme un acteur indispensable à l’application du cessez-le-feu.
Paris soutient donc le recrutement, la formation, l’équipement et le financement de l’armée. Cette aide répond à un problème concret. Les militaires doivent déployer davantage d’unités dans le Sud alors que leurs ressources ont été affaiblies par la crise économique.
Le gouvernement français défend également le monopole de l’État sur les armes. Une position franco-allemande publiée en juillet 2026 a rappelé le soutien des deux pays à l’exercice exclusif de la force par les institutions libanaises.
Cette formulation concerne directement le Hezbollah. Paris reste cependant prudent sur la méthode. Une tentative de désarmement forcé pourrait provoquer des affrontements entre Libanais. La France privilégie donc une combinaison de décisions politiques, de pressions extérieures et de renforcement progressif de l’armée.
La relation avec Berry devient importante dans ce cadre. Le président du Parlement dirige le mouvement Amal et entretient une alliance ancienne avec le Hezbollah. Il peut faciliter un compromis, transmettre des garanties ou, au contraire, bloquer une formule jugée menaçante par son camp.
L’appel de Macron vise donc autant à soutenir officiellement les institutions qu’à maintenir un canal avec l’un des acteurs capables d’influencer le terrain.
La FINUL au centre d’un calendrier défavorable au Liban
Nabih Berry a insisté sur le caractère « central » du maintien de la FINUL. Sa demande intervient pourtant après une décision qui réduit fortement les perspectives d’une présence durable de la mission.
Le Conseil de sécurité a renouvelé le mandat de la force jusqu’au 31 décembre 2026. Cette prolongation a été présentée comme la dernière avant un retrait ordonné, prévu sur une période supplémentaire d’environ un an. La résolution résulte d’un compromis entre la France, qui défendait la continuité de la mission, et les États-Unis, plus favorables à sa disparition.
Le calendrier place Beyrouth sous pression. Le Liban demande aujourd’hui le maintien d’une force dont la sortie est déjà engagée au niveau international. Il devra convaincre les membres du Conseil de sécurité de modifier ou d’interpréter ce dispositif en fonction de la situation sur le terrain.
La FINUL a été créée en 1978. Son mandat a été considérablement élargi après la guerre de 2006. Elle doit surveiller la cessation des hostilités, accompagner l’armée libanaise et aider les parties à appliquer la résolution 1701. Elle rend également compte des violations.
Sa présence ne garantit pas l’absence de guerre. Les affrontements successifs l’ont montré. La mission n’a ni le mandat ni les capacités nécessaires pour désarmer le Hezbollah par la force. Elle ne peut pas non plus contraindre Israël à se retirer d’une position.
Son utilité réside ailleurs. Elle maintient des canaux de liaison, patrouille dans les secteurs sensibles et documente les violations. Elle offre aussi une présence internationale dans une zone où chaque incident peut déclencher une escalade.
La disparition de la FINUL laisserait l’armée libanaise et l’armée israélienne face à face, avec un mécanisme de médiation plus limité. Elle réduirait également la capacité des Nations unies à vérifier les événements et à contester les versions contradictoires.
Pourquoi Paris défend encore la mission de l’ONU
La France a une raison politique et militaire de défendre la FINUL. Elle contribue historiquement à la force et connaît son fonctionnement. Elle a aussi rédigé ou négocié plusieurs résolutions consacrées au Liban.
Paris considère que la mission offre un cadre légitime à l’extension de l’autorité de l’État. Un retrait trop rapide créerait un vide que l’armée libanaise ne pourrait pas nécessairement remplir. Il pourrait aussi renforcer les dispositifs parallèles mis en place par Israël ou par des médiateurs extérieurs.
La présence de la FINUL protège également le rôle européen dans un dossier de plus en plus dominé par Washington. Les États-Unis dirigent les discussions sur les retraits, les zones pilotes et les garanties sécuritaires. La France risque de devenir un simple soutien financier si le cadre onusien disparaît.
Le maintien de la mission permet à Paris de conserver une place institutionnelle. Il l’aide aussi à défendre une approche fondée sur la résolution 1701, plutôt qu’un accord bilatéral dicté par le rapport de force militaire.
Mais la position française rencontre une opposition américaine et israélienne. Israël reproche depuis longtemps à la FINUL de ne pas avoir empêché le Hezbollah de développer ses infrastructures au sud du Litani. Washington estime que l’État libanais doit assumer directement sa sécurité.
Ces critiques contiennent une part de réalité. La FINUL n’a pas empêché le réarmement du Hezbollah après 2006. Toutefois, elle ne disposait pas du mandat nécessaire pour fouiller systématiquement les propriétés privées ou engager des combats contre le mouvement.
L’échec de l’application complète de la résolution 1701 relève donc aussi des choix des autorités libanaises, de l’absence de règlement politique et des violations israéliennes. Il ne peut être attribué à la seule mission de l’ONU.
Le retrait israélien reste lié au dossier du Hezbollah
Berry présente le retrait comme une obligation internationale qui ne devrait dépendre d’aucune condition. Israël adopte une lecture différente. Il affirme que son départ doit être associé à des garanties empêchant le retour du Hezbollah.
Les discussions soutenues par Washington reposent sur une logique progressive. Israël évacue une zone. L’armée libanaise s’y déploie. Les installations militaires du Hezbollah doivent être démantelées ou placées sous le contrôle de l’État. Des vérificateurs évaluent ensuite la situation avant le passage à une nouvelle étape.
Ce système a permis de lancer des expériences locales. Il rencontre toutefois des difficultés importantes. Le Hezbollah n’est pas signataire du dispositif et refuse d’abandonner ses armes sous la contrainte. Le gouvernement libanais ne veut pas ordonner à l’armée d’engager une confrontation intérieure.
Israël peut utiliser ces blocages pour retarder ses retraits. Chaque découverte d’armes ou chaque désaccord sur une infrastructure devient alors un motif de maintien militaire.
Beyrouth craint qu’une présence présentée comme provisoire ne se transforme en occupation durable. Les destructions et les déplacements affaiblissent parallèlement les communautés locales, ce qui rend la reprise du territoire plus difficile.
La France tente de sortir de cette logique circulaire. Elle soutient le retrait israélien et l’autorité exclusive de l’État. Mais elle ne dispose pas d’un mécanisme permettant d’imposer simultanément les deux objectifs.
Berry peut-il défendre la résolution 1701 sans le Hezbollah ?
La position de Nabih Berry doit être lue à la lumière de sa place dans le système politique. Il n’est pas seulement le président du Parlement. Il dirige Amal, principal partenaire chiite du Hezbollah, et agit comme un négociateur incontournable depuis plusieurs décennies.
Cette fonction lui permet de parler à Paris, Washington et aux responsables libanais tout en conservant un canal avec la direction du Hezbollah. Elle lui confère une capacité d’influence réelle sur les compromis.
Elle limite aussi la portée de ses déclarations. Berry réclame le déploiement de l’armée et l’application de la résolution 1701, mais il ne demande pas publiquement un désarmement immédiat du Hezbollah.
Il considère que la priorité doit aller au retrait israélien. Le mouvement chiite adopte la même séquence : fin de l’occupation, arrêt des attaques, puis débat national sur la stratégie de défense.
Les adversaires du Hezbollah défendent l’ordre inverse. Ils estiment qu’Israël ne se retirera pas durablement sans garanties sur les armes. Ils accusent Berry et ses alliés de vouloir utiliser la résolution 1701 uniquement contre Israël.
La critique n’est pas sans fondement. Une application sélective du texte ne peut produire une sécurité durable. Toutefois, demander à l’armée libanaise de désarmer le Hezbollah pendant qu’Israël occupe des secteurs du territoire peut aussi conduire à un affrontement interne sans assurer le retrait.
Le rôle de Berry consiste précisément à négocier cette séquence. Son échange avec Macron montre qu’il cherche à obtenir d’abord une pression internationale accrue sur Israël. Paris, de son côté, attend aussi un progrès sur le monopole de l’État.
La reconstruction comme levier diplomatique
Macron a évoqué la reconstruction parmi les priorités françaises. Cette promesse répond aux besoins immenses du Sud, mais elle constitue également un instrument de négociation.
Les bailleurs internationaux ne financeront probablement pas une reconstruction massive si les combats peuvent reprendre quelques mois plus tard. Ils demanderont des garanties de sécurité, un contrôle institutionnel des fonds et un accès aux zones concernées.
La France peut mobiliser des partenaires européens, arabes et internationaux. Elle dispose d’une expérience des conférences de soutien au Liban. Elle peut aussi relier l’aide civile au renforcement de l’armée et au retour de l’administration.
Cette approche comporte un risque. La reconstruction peut devenir conditionnelle à des décisions sécuritaires que Beyrouth ne peut appliquer rapidement. Les habitants paieraient alors le prix d’un conflit politique qui les dépasse.
Elle peut aussi créer des inégalités entre les villages. Les zones intégrées aux dispositifs pilotes pourraient recevoir une aide plus rapide. Les secteurs toujours occupés ou considérés comme sensibles resteraient en attente.
Berry demande donc que le retrait et le retour des habitants précèdent l’ouverture du chantier. Il cherche à éviter que la reconstruction serve de récompense accordée seulement après la satisfaction des conditions israéliennes.
L’armée libanaise au centre, mais sans moyens suffisants
La convergence franco-libanaise est la plus nette sur le rôle de l’armée. Berry demande son déploiement jusqu’à la frontière. Macron promet de poursuivre son soutien.
Le problème concerne les capacités disponibles. L’armée doit contrôler des routes, sécuriser des villages détruits, retirer les explosifs et surveiller un territoire étendu. Elle doit aussi empêcher la réapparition de positions armées sans entrer en guerre avec une partie de la population.
Ses soldats ont subi la perte de pouvoir d’achat provoquée par la crise. L’institution dépend encore d’aides étrangères pour une partie de son carburant, de ses équipements et de sa logistique.
Une extension durable de son déploiement exige donc plus que des déclarations. Il faut financer les effectifs, construire des postes, fournir des moyens de surveillance et garantir la continuité des salaires.
La France peut contribuer à cet effort. Elle ne peut cependant pas le financer seule. Une coalition plus large devrait associer des pays européens, les États-Unis et plusieurs États arabes.
L’aide militaire pose aussi la question du commandement politique. Une armée renforcée ne peut appliquer une stratégie qui reste indéterminée. Le gouvernement doit préciser sa doctrine face au Hezbollah, aux violations israéliennes et aux mécanismes de vérification.
Les réformes économiques introduites dans l’échange
Nabih Berry a profité de l’entretien pour assurer que le Parlement poursuivait les réformes nécessaires à un accord avec le Fonds monétaire international. Ce passage relie la sécurité du Sud à la crise financière.
Le message vise à rassurer Paris. La France soutient depuis 2020 un programme de réformes portant sur les banques, les finances publiques, la gouvernance et la lutte contre la corruption.
Le Parlement examine actuellement plusieurs textes, dont la restructuration bancaire. Mais le Liban n’a toujours pas réglé la répartition des pertes entre l’État, la Banque du Liban, les établissements financiers et les déposants.
La déclaration de Berry reste donc générale. Elle ne garantit ni l’adoption rapide des lois ni leur conformité aux demandes du FMI. Elle ne répond pas non plus au problème de leur application.
Paris connaît cette difficulté. L’initiative française lancée après l’explosion du port de Beyrouth en 2020 avait déjà obtenu des engagements de réforme qui n’ont pas été exécutés dans les délais annoncés.
Le soutien économique français dépendra donc de résultats mesurables. La reconstruction du Sud et l’aide à l’État risquent d’être limitées si la gouvernance financière reste inchangée.
Un appel qui révèle les limites de la diplomatie française
L’entretien entre Macron et Berry confirme que la France reste présente au Liban. Il ne démontre pas qu’elle peut imposer un règlement.
Paris dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité, d’une relation historique avec Beyrouth et d’une contribution militaire à la FINUL. Il peut mobiliser des fonds et maintenir des canaux avec presque tous les acteurs libanais.
Son influence sur Israël reste néanmoins limitée. Les États-Unis demeurent le principal partenaire militaire et diplomatique du gouvernement israélien. Toute pression décisive dépendra donc largement de Washington.
La France peut défendre la FINUL, mais elle a déjà accepté un compromis qui prépare sa disparition. Elle peut soutenir l’armée, mais celle-ci ne remplace pas immédiatement les milliers de Casques bleus. Elle peut promettre la reconstruction, mais elle doit convaincre d’autres bailleurs.
Berry cherche précisément à transformer cette présence française en action internationale. Il veut que Macron mobilise le Conseil de sécurité, les partenaires européens et les États-Unis.
La réponse française réaffirme des principes sans annoncer de nouvelle mesure contraignante. Aucun calendrier de retrait israélien n’a été rendu public. Aucune décision n’a été annoncée sur la prolongation de la FINUL au-delà du mandat actuel.
La prochaine bataille diplomatique portera donc sur deux calendriers contradictoires : celui du retrait progressif des Casques bleus et celui, encore incertain, de l’évacuation des forces israéliennes. Le Liban demande que la FINUL reste jusqu’au rétablissement complet de l’autorité de l’État. Le Conseil de sécurité a déjà prévu qu’elle commence à partir alors que cette condition reste loin d’être remplie.



